Voici sans doute le coeur de la série et la part de "fantastique" la plus pure qu'elle peut revêtir.
Manaka est née de père inconnu, quatre mois avant terme. En la mettant au monde, sa mère Mayumi est victime d'une grave crise cérébrale, qui la laisse incapable de se souvenir des événements antérieurs à seulement quelques minutes. Néanmoins, toute sa mémoire d'avant son accident lui est restée, et sa "vraie mémoire" est maintenant un petit carnet où elle note tous ses faits et gestes, toutes ses rencontres.
Ayant accouché chez elle, elle est transportée à l'hôpital dès la naissance de sa fille, qu'elle a immédiatement oubliée. Manaka sera donc élevée par sa grand-mère, qui la considère comme l'enfant du démon à cause de son père, dont l'identité ne nous est jamais révélée. Et elle la retient prisonnière à la maison.
Manaka est particulière, elle grandit à une vitesse accélérée, et à cinq ans, elle a déjà le corps d'une adolescente. De plus, elle voit des papillons de lumière sortir de ses mains, mais elle est pour l'instant la seule à les voir.
Lorsque Manaka atteint cinq ans, sa grand-mère, sentant son heure arriver, décide de l'emporter avec elle, et l'étrangle. La fillette est donc bien morte, mais la coïncidence de la colonne de lumière au même moment fait qu'elle ressuscite. (En même temps que le rai de lumière ait tout accéléré) Elle partagera paisiblement les derniers moments de son aïeule, et quand celle-ci mourra, elle sortira, pour la première fois de sa vie, de la maison familiale.
Sur les huit premiers épisodes, elle est un élément que l'on n'arrive pas à saisir, une étrangeté dans le scénario, et ses gémissements interrogateurs, son sourire en demi-teinte, ses paroles qui ne reprennent que celles des autres, ainsi que ses étranges papillons de lumière (qui ramènent le passé à la surface) font à chaque fois d'elle un élément hétéroclite dans l'épisode : la jeune fille autiste, élément récurrent des séries japonaises depuis Evangelion.
Cependant, avec les épisodes 9, 10 et 11, on obtient enfin des réponses à nos questions.
Ainsi, elle découvre le monde via des papillons de lumière qui s'échappent des gens. Le papillon est – traditionnellement - le symbole de l'âme et de son impermanence. Et les papillons qu'elle reçoit tout autour d'elle, lui apprennent l'univers dans une globalité telle, qu'aucun humain avant elle n'avait pu l'appréhender.
"Je renfermais le monde en moi avec une intelligence qui allait au-delà de toute conception scientifique ou philosophique"
Ce passage de la "découverte" est d'ailleurs magnifiquement soutenu par une musique arabisante des mieux trouvées.
Cependant, dans sa danse des papillons elle a décidé de se limiter, car elle rencontre l'"écho". Elle perçoit toute sa connaissance, ainsi que les contraintes auxquelles on pourrait la soumettre, et elle l'absorbe. Ce faisant, elle absorbe aussi ses limitations et l'impossibilité de communiquer normalement, en dehors d'une vision parfaitement nette des événements.
Enfin, elle acquière une autre certitude : son corps sera un jour lumière, puis elle disparaîtra.
Il est une possibilité que l'"écho" soit le père de Manaka, car elle suit comme lui un chemin qui se rapproche assez de ce que l'on pourrait attendre de la notion de "messie" (mort, résurrection puis ascension).
Elle se rend compte alors qu'elle pourrait faire quelque chose pour le monde.
Et elle crée un être, un enfant : Poom poom.
Comme Manaka, celui-ci nous apparaît dans les épisodes antérieurs comme un autre élément hétéroclite, cherchant d'ailleurs à faire ami-ami avec “la fille aux papillons”. Il est né d'un des héros de l'épisode 7, et il représente l'enfance délaissée de ce personnage, suite à une trahison de ses parents.
Poom poom est une vision particulière du joueur de flûte de Hamelin. Il distribue des ballons rouges à des adultes et c'est leur âme d'enfant qui s'enfuit avec ce ballon, pour rejoindre une communauté d'autres enfants dans le parc inachevé "Peisuri Park". Le corps d'adulte séparé d'une partie de son âme, continue sa vie mais, complètement déconnecté des autres, il finit pas se suicider. Les personnes que Poom poom choisit pour "amis" sont des mutants, doués de pouvoirs en pleine évolution, "le pouvoir de ce qu'ils auraient voulu crier avant de devenir des adultes".
On croit d'abord que Poom poom se sert de Manaka pour lancer une myriade de papillons de lumière sur la ville, alors que c'est Manaka qui l'a créé pour freiner son évolution trop rapide, afin d'avoir un guide à qui s'accrocher et se limiter, en même temps que la constitution d'une communauté d'êtres évolués.
Quoi qu'il en soit, en essayant de recruter Nagi dans ses troupes, Poom poom la combat et doit lui aussi se confronter au sifflement du dieu de la mort, dont la cape contient l'univers.
Encore une fois, Boogiepop (Boogiepop Phantom) révèle aux personnages le chemin de leur propre résolution psychanalytique ; et Poom poom apparaît alors pour ce qu'il est vraiment : "la personnification de la perte" et non un réceptacle des rêves abandonnés d'enfants. La dernière illusion est ainsi sur le point de se briser.
Ce passage est magnifiquement rythmé par une belle musique, qui met en contrepoint les révélations de Boogiepop et les dénégations de Poom poom, qui accentue exagérément ses mouvements, tout comme dans une pièce de théâtre. Et comme tout est vu de profil en cadrage éloigné, c'est bien à ça que nous assistons.
Comprenant qu'il s'était fourvoyé depuis le début, il disparaît (et ses amis avec lui) et Manaka se retrouve seule face au jugement qui l'attend, précocement vieillie, les traits ridés, ayant perdu sa composante qui retenait la jeunesse.
Cependant, elle comprend qu'elle va mourir, car le shinigami voit en elle la dernière répercussion à la colonne de lumière, la dernière qui ait continué d'évoluer dangereusement. Mais le plus gênant était surtout que son pouvoir reliait les gens au passé et "leur ôtait toute envie d'avancer".
Manaka s'enfuit, et, alors qu'elle est sur le point d'être tuée par Boogiepop Phantom, le Boogiepop original intervient et la sauve. Les deux shinigamis entament alors une descente à la suite de Manaka et celle-ci fait son mea-culpa. Elle reconnaît silencieusement qu'elle avait mal compris les choses et que Boogiepop venait lui montrer une autre voie.
Cependant et profondément, elle ne veut pas mourir, elle voulait devenir lumière. Et au moment où elle se convainc que ce n'était que de la prétention, arrive l'"écho", et leur fusion donne une vague de lumière qui va recouvrir la ville. Enfin, elle est devenue ce pour quoi elle pensait vivre. Elle justifie sa propre existence.
C'est la conclusion de ces événements. Dans la vague de lumière il y a apaisement des adolescents torturés. Leur ombre pessimiste et désespérée est confrontée à une autre personnalité, optimiste (qui paraît même plus réelle).
Au final, Manaka rencontre enfin sa mère, qui, dans une scène véritablement émouvante, se rappelle que sa fille a existé. De par son pouvoir de convoquer le passé, Manaka s'est offert son propre bonheur :
"Je suis heureuse d'être née"
Elle devient colonne de lumière dans les bras de sa mère. Puis elle disparaît, et Boogiepop Phantom également ; le cycle ayant présidé à sa naissance, s'étant refermé sur lui même - d'un pilier de lumière à un autre.
A la fin c'est un épilogue : "and then the rainbow", le ciel est enfin bleu, un arc en ciel a remplacé l'aurore électromagnétique, mais le voile sur l'image est, lui, toujours là. Il reste un épisode...
~~~ MA-NA-KA c'est un nom composé des idéogrammes de la vérité , du nom et de la fleur ~~~
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